Il s'éloigna de la tombe qu'il avait découvert, et décida de bivouaquer, comme il l'avait fait depuis un mois, à l'abri dans la forêt.
Le lendemain, il partit vers l'ouest, laissant la petite ville fortifié derrière lui.
Pendant trois jours, il chevaucha.
Le premier jour, il longea la forêt, toute la journée, jusqu'à ce que les arbres se raréfient.
Le second jour, il entra dans une zone de collines et de montagnes, qu'il ne quitta plus jusqu'à son arrivé à destination. Au crépuscule du troisième jour, il s'arrêta face à une montagne d'apparence normale, mais dont une saillie rocheuse balafrait le flanc sud-ouest. Il descendit de son cheval, se mit face à à cette paroi de roche brute et se mit à réciter, comme une leçon apprise par c½ur:
-Θα αφήσω να έρθουν, εγώ που είμαι οπαδός σας, που προσφέρει καταφύγιο στο σπίτι σας?
Il attendit quelques secondes, et petit à petit, un trou se forma dans l'air qui lui faisait face. Il s'étendit comme les ondes d'une goutte qui tombe dans l'eau. Derrière ce camouflage magique ce tenait la même paroi rocheuse, mais une grande double porte avait pris place, entouré de fines ouvertures, des meurtrières. Teluhan s'avança, tenant son cheval par la bride.
Tout en marchant, il fit signe à quelques-uns de ses Compagnons, qui sortaient de la forteresse, inconnue et invisible aux yeux de l'extérieur.
Il continua à marcher, tenant toujours sa monture, qu'il avait décidé de nommer Sombre-Ciel, vers les portes de la Confrérie. A son arrivée, elles s'ouvrirent toutes seules, comme par magie. Ou plutôt, c'était de la magie. Il prit la première ouverture sur sa droite, se dirigeant vers les écuries, après un large passage descendant en colimaçon. Il dû avancer sur une cinquantaine de mètres, car les box étaient disposés de telle façon que les Compagnons les plus gradés de l'ordre possédaient les grands enclos qui étaient les plus proches de la sortie. Le jeune magicien, en tant qu'Aspirant Mage, avait le sien à mi-chemin des écuries. Il ne tarderait pas à devenir Mage, ce qui était le niveau que tout le monde se devait d'atteindre. On commençait sa formation en tant qu'Élève, période pendant laquelle on étudiait l'histoire de la magie, le fonctionnement de la magie. Si tout ce passait bien, on accédait au rang de Novice, puis Aspirant Apprenti, Apprenti Mage, Aspirant Mage, Mage, tout cela, sous la tutelle d'un seul et même Mage ou Grand Mage, qui décidait de l'entraînement, des missions et de tous ce qui touchait à l'éducation du magicien. Et enfin, si on le souhaitait, et si l'on était assez puissant, on pouvait parfaire sa formation et passer par le stade d'apprenti Grand Mage, puis Grand Mage, ce qui donnait accès aux candidatures au poste d'Archi-Mage, pendant quinze années, durant lesquelles ont devenais maître de la corporation à laquelle ont été rattaché. Seul le Conseil des Prêtres-Mage avait de l'influence sur toutes les guildes magiciennes.
Cela dit, l'adolescent était très jeune pour accéder au titre de Mage, mais toute sa promotion était plutôt douée, deux de ses amis et lui en particulier.
Il fit entrer son nouveau cheval dans son box, appela un palefrenier, qui était en fait un Élève, qui avait pour mission, lorsqu'il n'étudiait pas, de s'occuper des chevaux. Certains étaient aux cuisines, d'autres s'occupaient du ménage... Il se dirigea ensuite vers la sortie, et tomba sur Sun et Caracyn, ses deux amis:
-Eh Teluhan!! Alors, comment sa c'est passé? commença Sun, le plus grand.
-Ouais raconte! C'est toi le premier à être allé en mission de survie!! continua Caracyn.
Surpris de leur si rapide venue à son arrivée, Teluhan hésita, il devait en premier lieu aller voir son Maître, le Grand Mage Nilhur pour lui faire son rapport. Et puis, il se dit que, de toute façon, il n'allait pas mourir entre temps:
-Ben, un mois, c'est pas trop long, sa va, surtout quand on connait les arcanes, quand on se débrouille bien... Le plus chiant, c'est de partir sans équipement, sans amadou, avec une simple épée...
-Ouais, bon, en fait, c'est pas un exploit...lâcha Caracyn, déçu.
-Non, pas vraiment, répondit Teluhan, dans un haussement d'épaules.
Le silence s'instaura durant quelques instants, puis Teluhan, le premier à briser ce dernier, s'excusa:
-Bon, je vais y aller, notre Maître à dû apprendre mon retour.
-Ouais, répondirent en c½ur les deux nouveaux arrivants, la mine désabusée et sans beaucoup de conviction.
Teluhan quitta donc ses amis, sortit des écuries et s'enfonça plus loin, au c½ur de la montagne. Il descendit une pente douce sur une cinquantaine de pas, se retrouva dans un long couloir, large. Il s'arrêta quelques secondes, afin de humer le bon parfum de son chez-lui. Il dépassa les salles d'instruction et d'entraînement individuel, les salles administratives et gagna enfin un escalier géant qui descendait une cinquantaine de pas plus bas, s'enroulant à l'intérieur d'un grand puits, lui même se trouvant à plus d'un demi-millier de pas de la surface. Large d'une vingtaine de pas environ, cet escalier possédait un jumeau, qui commençait à l'extrémité opposé du puits. Les deux escaliers était reliés par un pont en pierre, à mi-hauteur de la fosse. Il emprunta l'escalier qui se trouvait devant lui, descendit les cent cinquante marches qui le séparait du pont, traversa celui-ci, et s'empressa de remonter une vingtaine de marches, jusqu'à arriver à la hauteur d'un long corridor, creusé à même la roche. Il longea la paroi, restant dans la pénombre. La galerie souterraine était nue, aucune porte, aucune entrée de quelque nature que ce soit. Pourtant, au bout d'une minute de marche silencieuse, il s'arrêta face au mur, sur lequel il donna trois coups. Ces simples coups eurent pour effet de faire apparaître une porte, qui s'ouvrit immédiatement, glissant silencieusement sur ses gonds, émettant autant de bruit que si elle avait été taillée dans un nuage. Il passa le seuil de la porte. Son Maître l'attendait, assit derrière son bureau, comme il avait l'habitude de le faire alors que ses apprentis venait faire leur compte-rendu de mission.
-"Alors, quelles sont vos résultats? Vous êtes encore vivant, c'est déjà cela..."
Teluhan, qui avait retenu sa respiration depuis, s'autorisa un souffle. Son Maître avait fait l'impasse sur le fait qu'il ne soit pas venu le voir dès son arrivée.
-"Rien de particulier, Maître, répondit-il, je n'ai tué que deux personnes. Un vulgaire bandit des chemins et un petit bourgeois. Il y à cependant un évènement plus important dont je vous parlerais plus tard. La première rencontre, au septième jour de ma mission, à voulu me détrousser. Je me suis défendu, peut-être un peu trop fort, parce qu'il ne s'est pas relevé."
Le Grand Mage ne releva pas la prétention dont usait son apprenti.
-"Je t'en prie, continue, lâcha Nilhur avec un haussement des sourcils qui se voulait méprisant.
-Le second, je l'ai tué de sang-froid. Mais son assassinat peut servir la Confrérie. Voici ce que j'ai retrouvé dans une de ces poches. En plus de ceci."
L'apprenti posa la bourse dérobé quelques jours plus tôt sur le bureau de son supérieur. Elle contenait environ mille draks. Il lui tendit aussi un parchemin que son maître parcouru des yeux. Il releva la tête et demanda:
-Oui, bien, c'est un acte de propriété. Au nom de Trahn Berdur. Que veut-tu que la Confrérie puisse en faire? Maintenant que son propriétaire est mort, le terrain va attendre, et personne ne viendra en prendre possession.
-Pas si le nom de son propriétaire venait à changer. Vous pourriez prendre un produit qui permettrait d'effacer, ou je ne sais pas, vous ne pourriez pas changer le nom? Puis ensuite, en inscrire un autre par-dessus!
-Punissable, illégal, immoral, et sa me plaît. Je vais voir ce que je peux faire. Les archivistes et les copistes de la réserve doivent bien avoir quelque choses, si ils font des fautes. Qu'avais-tu d'autre à me dire?
-A par cela, tout s'est bien passé. Pas de problème de nourriture, d'abri ou quoique ce soit. Cependant, lors de la dernière journée dans la forêt, il y as trois jours, en milieu d'après-midi, alors que j'étais aux abords d'une rivière, des créatures très bizarres sont apparues, sortant des arbres. Elle avait de petits yeux jaunes et leur peau semblait d'écorce.
Les quelques secondes de silence qui suivirent furent très éprouvantes pour Teluhan. Il se demandait maintenant s'il n'avait pas rêvé, et si il n'aurait pas mieux fais de le garder pour lui, connaissant son Maître.
-Et bien... Tu fais partie des rares personnes qui on vu des Ki-Shinzo. Et cela peut s'avérer... Mortel. Toutes les personnes que je connait qui en on croisés un jour on toutes disparues.
Un long silence s'installa. Teluhan, un peu ahuri, ne comprenait pas trop. Il avait croisé ces créatures, mais elle ne l'avait pas tué, alors comment cela pouvait lui être fatal? Il ne comprenait pas très bien. A son air interrogateur, son Maître compris que son apprenti était un peu dépassé.
-Comment te dire... Commençons par le début. Ces créatures, que tu as vu, sont surnaturelles, tu est d'accord?
Teluhan acquiesça.
-Bien. Elles ne sont pas les seules. Il y aurait aussi des créatures de feu, d'eau, d'air, et de terre. Les quatre éléments, plus "la vie". Car les Ki-Shinzo que tu as vu ne sont pas les seuls. Littéralement, Ki-Shinzo signifie "C½ur d'arbre". Il y en as d'autres, comme les "C½urs de pierre", les "C½urs de vent" , les "C½urs de flamme" et les "C½urs de courants", avec leurs variantes respectives. Ce sont les enfants des différents dieux qui existent.
Teluhan, au fur et à mesure que son Maître progressait dans son récit, se décomposait.
-Ne me regarde pas comme sa, je sais que nous sommes magiciens, et que nous ne devons en aucun croire à des entités supérieures régissant notre monde, mais nous ne pouvons le nier. D'où sortirions-nous les flammes, les trombes d'eau, ou même les rafales de vents, si puissantes qu'elles déracines des arbres centenaires?"
Tout en parlant, le Grand Mage s'était levé et avait fait le tour de son bureau, pour s'asseoir dessus, face à Teluhan, qui s'était écroulé dans un fauteuil.
-"Mais, mais,... pourquoi me raconter ça?
-Laisses moi finir, tu comprendras. Comme je te le disais, d'où viennent nos pouvoirs? Beaucoup penses que les formules suffisent. Certes, une partie repose sur les savoirs antiques, sur des liens avec d'autres " dimensions " dont nous tirerions notre pouvoir, les arcanes. Mais les sorts d'élémentaires, lesquels n'ont besoin, ni de Formule, ni d'Injonction, ni d'Incantation pour être lancés, comment se produisent-ils?
-Eh bien, je dirais que c'est... notre Volonté? hasarda Teluhan.
-Tu n'est pas loin de la vérité. Ce sont les Dieux, qui comprennent que tu à besoin d'eux, où plutôt, le pouvoir qu'ils ont placés en nous, et lorsque notre volonté émet le besoin d'utiliser un certain élément, selon certaines conditions, alors les pouvoirs que les dieux nous ont légués se réveillent, s'activent, se... comment te dire... Ils font ce qu'ils ont à faire.
-D'accord, quoique cela soit un peu dur à avaler...
Pendant quelques instants, le Grand Mage laissa Teluhan admettre cette impossibilité pourtant bien réelle.
-"Quelques exemples: les Vitalistes, ils arrivent bien à guérir toutes les blessures, invisibles ou mortelles soient-elles? Ils ont en eux un grand Pouvoir de la Déesse de la Vie! Le plus puissant d'entre eux, avait réussi à exercer son art sur lui même, et il as vécu plus d'un demi-millénaire!! Il avait réussi à ramener un mort à la vie, tant le Pouvoir était puissant en lui. Les Mages Bâtisseurs, comment est-il possible que la Roche se plie à leur injonctions? Toujours les Dieux! Nous avons, à l'instar des autres guildes, le plus grand contact avec les Dieux. Certains de nous ont tous les pouvoirs, Eau, Terre, Feu, Air et quelquefois Vie. Ce n'est pas pour autant que nous sommes les plus puissants. Au contraire. Nous sommes les plus polyvalents, et cela nous empêche de nous perfectionner dans certains Arts...
-Dé diou!! J'ai la tête qui bout!! J'y comprend plus rien!! On nous dit pourtant de ne pas nous faire avoir pas les clergés des différentes Nations, mais alors là! Pourquoi on as besoin de s'exercer si les Pouvoirs sont déjà en nous?
-Un forgeron doit travailler son morceau de métal avant d'en faire une épée de guerre.
-Pas faux... admit-il.
-Certains de nous on le Pouvoir en eux, et ce en différentes proportions, ce qui donne les gens normaux et les puissants magiciens, dit le Maître, une légère trace de vantardise dans la voix. Ce Pouvoir nous est offert brut, c'est à nous de le modeler. Gagner en précision, en endurance, en puissance.
-Le but de notre apprentissage...
-Exactement. Mais certains d'entre nous croit dur comme fer qu'il n'existent pas, et pour l'instant, il n'est arrivée aucun Archimage assez intelligent pour faire changer les choses. Et ne parlons pas de l'Archimage Sinatron, il est encore plus obtus que les autres! Bon,c'est pas tout ça, mais il se fais tard, et mon ventre crie famine. Le soleil à dû se coucher. J'imagine que tu n'as pas diné? proposa-t-il en se levant.
Debout, c'était un homme de haute stature, large d'épaules sans pour autant passer pour une armoire à glace. Mince et musclé, il était discret et ne se faisait pas remarquer dans la foule. Intelligent et malicieux, à la limite du pernicieux. Nilhur Astareon était issu d'une famille d'assassins, tout comme certains étaient forgerons, d'autres cuisiniers... La plupart des membres de la Confrérie exerçaient un métier, afin de pouvoir aider l'aider à subvenir à ses besoins. Quoi qu'il en soit, le jeune homme répondit:
-Non merci, je me suis déjà grignoté des merles grillés, c'était exquis! Grillé à point... Un régal! fit -t-il avec un sourire carnassier, la voix teintée d'ironie.
-Toujours aussi bon au tir à l'arc, à ce que je vois. Mais, pour ta mission, ne t'était-il pas interdit d'amener des armes? demanda-t-il, d'un air suspicieux.
-J'ai respecté votre consigne, je l'ai fait avec ce que j'ai trouvé sur le terrain. Il n'as vraiment pas tenu longtemps. Les flèches étaient en fait des brindilles sèches taillées en pointes, sans empennage. Dans de telles conditions, elles n'ont pas tenu très longtemps.
-Je vois.
L'homme sourit, et se mit à rire en imaginant son apprenti se débattre avec des branches et de la ficelle improvisée.
-Allez, maintenant, tu va me faire le plaisir de te laver, parce que j'ai l'impression d'avoir ouvert ma porte à un troll crevé!
-Oui Maître, dit-il en filant vers ses quartiers, ou plutôt sa chambre.
On ne pourrait appeler sa des quartiers que lorsqu'il intègrerait les fonctions d'Archimage, ou au moins, celles d'un Grand Mage. Tel était le but de Teluhan. Devenir l'Archimage de la Confrérie. Pour l'instant, donc, il partageait sa chambre avec Sun et Caracyn, ses deux compagnons. En plus de trois autres apprentis, qui venaient d'accéder au titre d'Aspirants plus ou moins récemment.
Il ferma la porte de la salle des bains de leur chambrée. Enfin, il allait pouvoir se laver avec de l'eau chaude. Un mois à l'eau froide, sa n'enlève pas très bien les odeurs. Il ouvrit les robinets, les régla pour obtenir une eau fumante. Le réseau d'eau était relié à une rivière souterraines et à une source d'eau chaude. Malgré que le site de la Confrérie soit taillé dans la roche, un certain confort était assuré pour tout les pensionnaires. L'eau courante, l'eau chaude, tout cela formait un grand réseau de tuyaux qui courait le long des murs de corridors du site souterrain. Alors que la baignoire, creusé à même la roche, se remplissait, l'amas de crasse vivant se déshabilla complètement. Il glissa doucement dans l'eau, frissonnant au contact de l'eau tiède, une sensation qu'il avait oublié. Il se prélassa dedans, ne pensant plus à ce qu'il avait rencontré quelques jours plus tôt, et que, malgré qu'il ne s'en doute pas, allait changer sa destinée.
A moins que sa destinée ne soit déjà tracée?
Autant était-il qu'il se prélassait depuis une bonne heure quand il réalisa qu'il devait se faire tard. Il enfila une robe de chambre propre, roula en boule ses affaires sales, encore que ce mot était un euphémisme, glissa ses pieds dans des petites chausses ouvertes, une fine semelle en liège recouverte de coton. Il arriva devant la porte de sa chambre, dans un état second, lorsque, tout d'un coup, son esprit devint alerte. Ses yeux était constamment en mouvement. Il était sur ses gardes. La douce lumière dans laquelle baignait le couloir quelques instants auparavant avait brusquement viré au rouge. L'alarme. On les attaquait. Il poussa violemment la porte et entra en trombe dans la pièce. Ses cinq colocataires étaient déjà tous en train de s'habiller. Lui aussi se rua sur son armoire, l'ouvrit à la volée, saisit un kimono en laine noire, le bas assorti, passa son armure de cuir, la laça, enfila une paire de bottes courtes en cuir, et pris ses armes en main. Tour à tour, les adolescents et jeunes adultes se tinrent droit. Les signes habituels de fatigue ne se lisait sur aucun visage. Le charme avait fonctionné. Un sort très ancien, extrêmement dangereux et éprouvant pour celui qui le mettait en place. Mais très efficace. Il réveillait les dormeurs, rendait clair les esprits embrumés par l'alcool ou le sommeil, et toutes les personnes sous son effet se retrouvaient en plein possession de leurs facultés. Les esprits devenaient vifs, la vue précise, l'ouïe s'affinait, le toucher était plus sensible. Les meilleures conditions pour se battre.
Une fois prêts, il sortir tous devant leur porte, et rejoignirent tout le flux d'hommes et de femmes qui rejoignaient l'entrée ou les écuries de la caverne aménagée. L'Archimage les attendaient, monté sur une créature à la robe alezane. Ce n'était pas un cheval. Enfin, il avait un petit quelque chose en plus. Une paire d'ailes implantée sur son dos. C'était un pégase. Créature sans âge, immortelle, elle avait connue tout les dirigeants de cette confrérie. Tous les Compagnons joignirent leur montures, pour ceux qui en possédaient une. Après un bref encouragement l'Archimage demanda qu'une moitié de la Confrérie le suive, et que l'autre reste cachée. Il ne souhaitait pas que toutes leurs forces soit dévoilées aux ennemis possibles qui les attendaient dehors. Il leva un bras et l'abaissa, tel le tranchant d'une hache, en direction de la porte. Une quarantaine de cavaliers et une cinquantaine de mages à pied le suivirent. Il sortirent au trot et s'étalèrent sur la vaste plaine qui s'étendait devant la saillie rocheuse. En face d'eux se tenait une vingtaine de créatures. Mais avec l'heure tardive, même la pâle clarté d'un quartier de lune n'arrivait pas à éclairer suffisamment leurs adversaires pour qu'ils puissent les identifier. Une chose était certaine, ils n'étaient pas humains, car beaucoup trop grands. Leur chef devait mesurer dans les trois mètres, soit plus qu'un troll des forêts! Les simples combattants se tenaient debout, sur deux rangées, leur chef assis devant eux, en tailleur, tout à fait calme. Aussi étrange que cela puisse paraître, ils ne semblaient pas avoir d'armes. Qui pouvaient-ils bien être? D'où venaient-ils? Mais surtout, que voulaient-ils à la Confrérie?
L'Archimage apostropha les choses inconnues:
-Qui êtes-vous, créatures inconnues, pour venir nous défier dans notre propre sanctuaire?
Le personnage qui semblait être le meneur de cette expédition nocturne leva à peine la tête, et, d'une voix qui semblait plus résonner dans leurs têtes que faire vibrer leurs tympans, une voix caverneuse, grave, profonde, rocailleuse, mélangée avec une sorte de sifflement sur-aigu, répondit:
-Nous sommes venus chercher Teluhan, violeur de la source sacrée de notre Mère, la déesse de la Vie. Remettez-le nous, ou vous périrez!
Comme choqué par de telles paroles, l'Archimage Sinatron hurla, plus qu'il ne parla:
-Comment osez-vous!! Nous ne vous remettrons jamais un de nos Compagnon, comme s'il s'agissait d'un objet, et de plus, nous n'obéirons jamais à de viles créatures qui se prétendent divines. Les dieux n'existent pas!!
Soudain, cinq éclairs, chacun teinté d'une couleur, verte, blanche, bleu, marron, et rouge, jaillirent d'un ciel sans nuages pour frapper l'Archimage, dans son armure en métal. En une seconde, tout les muscles du corps de l'homme se bandèrent, et le corps se tendit à se rompre, et, alors que les zébrures électriques disparaissaient, le corps retomba sur l'encolure de sa monture, qui affolée, bondit en avant. Hébétée, l'assemblée qui avait assisté à la scène ne bougeait pas. Il fallu qu'un homme, un seul, se jette en avant.
Le Grand Mage Nilhur cria:
-Vengeons notre Maître!! A l'attaque!!
Comme une piqure d'adrénaline, cette simple injonction sortit tous les Compagnons de leur torpeur. Pourtant, il fallut encore qu'une poignée de jeunes Aspirants Mages, dont Teluhan, Sun et Caracyn, se jettent à la suite de leur Maître pour que le reste de la troupe comprennes qu'il était temps de se battre. En face d'eux, la plus massive des créatures se levait. Arrivant au contact, Nilhur dû se coucher sur l'encolure de sa bête pour ne pas recevoir une claque aussi grande que lui, et d'une puissance effrayante. Il tourna autour de la créature, se sachant comment l'aborder. Dans la tête de chacun des défenseurs résonnait la voix. " Vous périrez tous " disais-t-elle. Mais personne ne l'écoutait. Tous se battaient vaillamment, maintenant qu'ils avait rejoint le front. Teluhan avait choisi de combattre près de son Maître. Il assénait coups d'estoc et de taille sur l'écorce qui constituait la peau de l'adversaire qu'il s'était choisi. Les combats faisaient rage, et des îlots de violence s'étaient constitués sur l'étendue herbeuse. Les créatures monstrueuses balançaient de puissants coups de bras, et plusieurs mages vidèrent les étriers lorsqu'un énorme poing de bois venait s'écraser contre leur bouclier. La Magie n'avait que peu d'effet sur eux. Il semblaient y être partiellement immunisés. Plusieurs Compagnons tombèrent, dont le Grand Mage Euphoria, doyen de la Confrérie. Un homme, pourtant dans la force de l'âge, para un coup in extrémis, mais trembla sous la force du choc. L'adrénaline coulait dans le sang de chacun des combattants. Durant une demi-heure, le combat fut acharné. La fatigue, l'épuisement, et la terreur prenait le dessus. Plusieurs autres mages furent tués en essayant de fuir, prévenir l'autre partie de l'unité. Personne n'arrivait à prendre le dessus sur les assaillants. Soudain, un cri bestial, mélange de rage et de joie de victoire, signa la mort du premier monstre. Ce hurlement animal galvanisa le reste des défenseurs. Une férocité jusqu'ici perdue s'empara d'eux, et tel des oiseaux de proie, ils fondirent tous sur leur cibles. Certaines étaient tellement mal en point que quelques secondes suffirent à les éliminer. Un géant de bois frappa un mage en pleine poitrine, et d'un revers de la main, il l'envoya s'écraser contre la muraille de pierre de la Confrérie, une cinquantaine de pas plus loin. Horrifiés, tous les survivants s'appliquèrent à mettre le plus de distance entre eux et la mort. Il s'acharnèrent, et bientôt, leur effort payèrent. Les atrocités encore en vie tombèrent, disparaissant dans leur chute. Le moral des troupes remonta en flèche. Petit à petit, ils submergèrent leurs ennemis. Les " choses " s'écroulaient au fur et à mesure. Bientôt, il ne resta plus que le Grand Mage Nilhur, Teluhan, et le leader ennemi. Autour d'eux, tout le monde les regardait, n'osant briser le cercle qui s'était formé autour d'eux, n'osant interrompre leur danse macabre. Le Maître de Teluhan avait une épaule démise, et le poignet de son même bras était dans un angle très étrange. Pourtant, rien ne l'empêchait de se battre. Il dirigeait sa monture par de subtiles pressions de ses genoux, tandis que sa main valide maniait une grande épée, qui paraissait noire, ne reflétant pas la lumière blafarde de la lune. De son coté, son élève distribuait des coups avec une célérité qui lui était encore inconnue. Avec une arcade ouverte, du sang lui coulant sur le visage, dans le cou, un ½il au beurre noir, une joue gonflé, il faisait aussi face. Puis, l'occasion se présenta. Alors que le Grand Mage avait réussi à monopoliser l'attention du dernier survivant, Teluhan enflamma son épée, sauta sur le dos de la créature, et enfonça la lame jusqu'à la garde dans le c½ur du monstre. Alors que le jeune homme glissait à terre, son adversaire vacillait, pouvant tomber à tout instant. Alors que l'image de se dernier se brouillait, le jeune Aspirant entendit, de la même voix que celle qu'il avait entendu avant le combat.
De ses souvenirs, il en émergea un, plus douloureux que les autres. Cette même phrase, il l'avait entendu bien des années auparavant. Ce jour là, Kamilar, Garde d'Élite du Roi de la Nation du Nord (une des seules à ne pas avoir de nom à elle) , avait décidé, au gré d'une journée de repos, de perfectionner les méthodes de combat de son fils. A cette époque, Teluhan maniait déjà l'arc avait brio, et se débrouillait assez bien avec une épée et un bouclier, pour résister pendant une ou deux minutes face à son père, qui était réputé pour être l'un des meilleur bretteurs du Royaume. Mais là où il excellait et rivalisait jusqu'à son épuisement avec son père, c'était armé de deux lames. Ce jour là, son père était mort, il avait succombé à l'attaque d'une quinzaine de créatures inconnues, qui étaient apparues des ombres, et qui avaient tué sa mère, et sa grande s½ur. Son père l'avait défendu, mais il en avait payé un lourd tribut, celui de sa vie.
-Tu... es...l'un... des... ... ... Élus.
Puis la créature disparu. Son épée se retrouva en suspens, à deux mètres du sol, pendant quelques secondes. Elle tomba enfin au sol en produisant un joli tintement métallique. Il la récupéra, l'air ahuri par ce qu'il venait d'entendre. " L'un des Élus ", mais qu'est-ce que cela pouvait bien signifier? Était-ce un test pour savoir si il était assez brave et vaillant pour pouvoir faire partie de la Confrérie?
Toujours était-il qu'il devait maintenant rentrer. Huit des Grands Mages se dirigèrent vers la dépouille de feu Sinatron. Ils allaient suivre le rite funéraire que leur imposait la Confrérie. Demain, un messager serait envoyer pour rejoindre le conseil des Prêtres-Mages. Deux d'entre eux seraient envoyés ici pour organiser les prochaines élections. Mais Teluhan avait bien autre chose en tête. L'alarme avait été levée, et les couloirs avaient reprit leur calme habituel, et la couleur pourpre c'était retiré des luminaires magiques. Il rejoignit sa chambre, et alors qu'il avait posé tout son barda contre son armoire, il s'étala sur sa couche, et sombra dans un sommeil peuplé de rêves et de cauchemars, d'arbres vivants, de roches parlantes, dans un monde éthéré, pâle, et sans substance propre.